Bruno Fontaine : Faire du vivre-ensemble un modèle de développement

Par Benjamin POSTAIRE – 18 avril 2019

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A la tête de l’entreprise Bourbon Car Évasion, créée en 2000 et qui emploie aujourd’hui près de 300 salariés, Bruno Fontaine rêve tout haut d’une Réunion qui ferait de son vivre-ensemble un modèle exportable et un moteur pour son développement. Une vision qu’il essaime avec des propositions concrètes. Interview.

Lotrinfo : Votre parcours d’entrepreneur et de chef d’entreprise est une réussite, quelle est aujourd’hui votre ambition ?

Bruno Fontaine : Je ne souhaite pas spécialement être montré en exemple ou mis en avant, ni même parler de moi. J’aimerais avant tout porter un message positif pour l’économie et la société réunionnaise. C’est pourquoi, avec Eric Magamootoo, nous avons récemment créé une association appelée tout simplement : « Le vivre-ensemble ». L’objectif de cette initiative c’est de comprendre les mécanismes qui ont permis à la population réunionnaise de développer ce vivre-ensemble. C’est nécessaire afin de le préserver et le pérenniser mais également pour donner à ces valeurs une résonance mondiale et les diffuser. Nous avons mis en place une partenariat avec l’Université et une thèse va être faite sur ce sujet.

Pensez-vous que ce fameux « vivre-ensemble » soit en danger ?

Je crois surtout qu’avec l’évolution que connaît actuellement le monde, les valeurs du vivre-ensemble sont plus que jamais fondamentales. L’Europe vit une grave montée des extrémismes, notamment à cause des flux migratoires, et nous devrons bientôt faire face à des millions de réfugiés climatiques. C’est un continent qui vieillit, ne peut plus financer son système de retraite et qui pourtant refuse les populations venant de l’extérieur. Comment assimiler ces populations malgré les différences culturelles ? Comment éviter le repli sur soi dans une société de plus en plus mondialisée ? Je pense que l’exemple de La Réunion et de toutes ces populations ayant réussi à vivre-ensemble et créer une culture commune peut servir de modèle.

« Nous avons besoin de définir des objectifs communs pour avoir des perspectives d’avenir »

La société réunionnaise reste néanmoins très fragile, quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Il manque aujourd’hui, à La Réunion, un projet commun. J’ai une question simple : A quoi ressemblera La Réunion en 2050 ? Personne ne le sait… Cette interrogation me fait à chaque fois penser à la célèbre chanson de Ziskakan : « mon péi, bato fou, ou sa bana i ral a nou ». C’est un refrain mais aussi une réalité. Nous avons besoin de définir des objectifs communs pour avoir des perspectives d’avenir. Mais, pour ça, il faut réfléchir ensemble et accepter que les choses prennent du temps. Je ne suis personnellement pas un adepte de la philosophie du « carpe diem » qui est glorifiée dans notre société actuelle.

Quel pourrait être ce projet commun ?

Nous devons créer les conditions nécessaires pour les gens retrouvent une activité. Quelqu’un qui n’a pas de travail et pas d’objectif coûtera toujours plus cher à la société que s’il est dans une dynamique positive. Nous devons identifier certains secteurs prioritaires à forts potentiels dans lesquels on baisserait ou supprimerait les charges sociales. Cela permettrait d’embaucher massivement de la main d’œuvre et développer des filières sur lesquelles nous pourrions être très compétitifs.

« Créer un cercle vertueux qui pourrait remettre 40.000 personnes à l’emploi »

A quelles filières pensez-vous ?

Il y a tout d’abord le tourisme. Nous avons des atouts naturels exceptionnels mais comment être compétitifs devant des pays comme Maurice ? Nous sommes un territoire français mais nos concurrents ne sont pas européens. Ce sont Madagascar, la Chine ou l’Inde, des pays où le coût du travail est très bas. Autre exemple, nous avons les meilleurs fruits du monde mais ils ne sont pas exportés, notamment parce que nous manquons de main d’œuvre dans les champs. Nous devons booster ces secteurs et créer un cercle vertueux qui pourrait remettre 40.000 personnes à l’emploi. Des personnes qui participeraient ainsi à l’activité économique plutôt que de regarder passer le train sans pouvoir monter dedans

Qui doit, selon vous, porter ce combat ?

Pour moi, c’est avant tout du bon sens collectif. Mais il est aujourd’hui compliqué de faire sortir une idée commune. Il manque peut être une organisation transversale qui pourrait porter un message concerté. Nos élus doivent aussi se mettre d’accord sur un projet de développement. Ils en sont capables car, contrairement à ce qu’on dit un peu facilement, je ne pense pas que nous ayons de mauvais élus. De manière générale, c’est trop facile d’accabler les autres. Il faut se lever et faire.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Il y a de l’espoir. Comme je vous le disais, je veux tenir un discours positif. On parle très souvent des choses qui ne vont pas mais il y aussi, et on devrait plus le mettre en valeur, plein de belles initiatives. Des projets pour la préservation de l’environnement ou fondée sur la solidarité et dont on doit faire l’apologie car ils se heurtent toujours à une certaine inertie.

 Crédits photo : Pierre MARCHAL
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